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Sécheresse : l'État rationne déjà l'eau, barrage par barrage

Chaque semaine, un comité décide de la quantité d'eau que chaque barrage laissera sortir. Ses décisions, publiques et jamais lues, montrent que le rationnement a commencé.

RDLive18 septembre 2026

Chaque semaine, à Saint-Domingue, une douzaine de personnes se réunissent pour décider de la quantité d'eau que chaque barrage du pays laissera sortir dans les sept jours qui viennent. Le comité s'appelle le COPRE, comité d'exploitation des barrages et des retenues. Il siège avec l'Observatoire de l'eau, à l'INDRHI, et ses décisions sont publiées. Personne ne les lit.

C'est dommage, parce qu'elles disent quelque chose que les communiqués rassurants ne disent pas : le rationnement a commencé.

Ce qui a été décidé pour la semaine du 2 au 9 septembre

Le relevé est précis, barrage par barrage, et il se lit comme un budget qu'on serre.

À Sabaneta, la centrale tourne dix-huit heures sur vingt-quatre ; les six heures restantes, deux mètres cubes par seconde partent vers l'aqueduc de San Juan. Et le comité a acté une décision qui ne se voit nulle part ailleurs : limiter les cultures à forte demande en eau. Ce n'est pas un appel à la modération, c'est une restriction de ce qu'un agriculteur a le droit de semer.

À Rincón, le régime est qualifié de rationalisé. La centrale hydroélectrique est restée à l'arrêt jusqu'au 6 septembre, et le barrage a été exploité à 2,10 mètres cubes par seconde, uniquement pour l'aqueduc. La décision a été prise, précise le texte, une fois achevé le deuxième cycle de plantation du riz. Autrement dit : l'eau qui servait au riz sert maintenant à boire.

À Monción, l'exploitation reste normale pour l'irrigation, douze mètres cubes par seconde, plus 3,43 pour l'aqueduc régional de la Ligne Nord-Ouest. Et c'est là que se trouve la phrase la plus inquiétante du bulletin, glissée sans emphase : le volume stocké est favorable, mais le débit entrant est minime et le bassin n'apporte plus qu'un débit de base. Un réservoir bien rempli qui ne se remplit plus, c'est un compte en banque sans salaire qui rentre.

Ailleurs, Angostura fonctionne normalement à 19 mètres cubes par seconde, Bao relâche 4,43 pour les aqueducs, Hatillo 25 pour l'irrigation, Valdesia 8,3 pour les aqueducs.

Source : INDRHI, réunion conjointe COPRE et Observatoire de l'eau, 2 septembre 2026.

Pourquoi il pleut moins

Lors de cette même réunion, le météorologue Emmanuel Álvarez, de l'Institut dominicain de météorologie, a présenté les perspectives du trimestre septembre-novembre. Les différents modèles convergent vers un scénario de déficit pluviométrique. Les écarts négatifs de précipitations ont commencé à s'accentuer dès le mois de mai et se sont poursuivis jusqu'en juillet, consolidant des conditions de sécheresse météorologique. Et le phénomène El Niño persiste, avec une intensité qualifiée de forte.

C'est ici qu'il faut retourner une idée reçue. El Niño réduit l'activité cyclonique et diminue les précipitations dans les Caraïbes. C'est l'Institut de météorologie qui l'écrit. Une saison cyclonique calme n'est donc pas une bonne nouvelle en soi : c'est le même phénomène qui éloigne les tempêtes et qui retient la pluie. Le résident qui se félicite d'un été sans alerte devrait regarder ses barrages.

Ce que le bulletin ne dit pas

Il ne donne aucun volume national. La dernière disponibilité conjointe que l'INDRHI ait publiée sous cette forme et que nous ayons pu vérifier remonte au 13 avril 2026 : 1 483,58 millions de mètres cubes, soit 75 % d'un volume maximal national de 2 018,63 millions.

Une précaution s'impose à quiconque voudrait comparer ce pourcentage à d'anciens relevés. Jusqu'en 2025, l'INDRHI rapportait le remplissage sur une capacité nationale de 1 830 millions de mètres cubes ; elle est aujourd'hui supérieure à 2 000, la mise en service de nouveaux ouvrages ayant élargi la base de calcul. Comparer un pourcentage de 2025 à un pourcentage de 2026 produit donc un résultat faux à partir de deux chiffres pourtant exacts. C'est la même quantité d'eau qui change de pourcentage parce que le dénominateur a bougé.

Ce qu'il faut surveiller

Le comité a annoncé vouloir renforcer la coordination avec les producteurs agricoles, le ministère de l'Agriculture et l'INDRHI pour l'affectation de l'eau. C'est la phrase à retenir, parce qu'elle décrit un arbitrage : quand la ressource se contracte, quelqu'un doit décider qui sert en premier. L'ordre affiché est celui-ci, les aqueducs d'abord, l'irrigation ensuite, la production électrique en dernier.

Pour un résident, cela veut dire que les coupures d'eau, si elles viennent, viendront après les restrictions agricoles, pas avant. Pour un investisseur dans l'agro-industrie ou dans une zone irriguée, cela veut dire que la variable à surveiller n'est pas le niveau des barrages mais le compte rendu hebdomadaire du COPRE, qui dit avant tout le monde quelles cultures seront limitées et où. Pour un hôtelier, cela veut dire que la pression sur les aqueducs du Sud-Ouest est déjà documentée par l'État lui-même.

Rien de tout cela n'est un scoop. Tout est publié, chaque semaine, sur un site officiel, en espagnol, dans un format que personne ne convertit en information utilisable. C'est précisément ce que nous comptons faire tous les jeudis.

Relevé au jour de publication

Ce relevé sera repris à l'identique dans les prochains volets de ce suivi. Il constitue la valeur de référence contre laquelle l'évolution sera mesurée.

Variable suivie : disponibilité conjointe du système national de barrages, et régime d'exploitation hebdomadaire décidé par le COPRE.

Valeur relevée : 1 483,58 millions de mètres cubes, soit 75 %, dernier volume national publié sous cette forme. Régime du 2 au 9 septembre 2026 : Sabaneta en limitation des cultures à forte demande hydrique, Rincón en régime rationalisé avec centrale à l'arrêt jusqu'au 6 septembre.

Périmètre et dénominateur : volume maximal national de 2 018,63 millions de mètres cubes. Base modifiée depuis 2025, où elle était de 1 830,00 millions. Les pourcentages antérieurs ne sont pas comparables directement.

Source et date de relevé : INDRHI, 13 avril 2026 pour le volume, 2 septembre 2026 pour le régime d'exploitation.

Ce qui ferait bouger la valeur : le retour de précipitations effectives sur les bassins versants, et l'affaiblissement d'El Niño. L'Institut de météorologie prévoit un déficit sur le trimestre septembre-novembre.

Prochaine publication attendue : hebdomadaire, réunion conjointe COPRE et Observatoire de l'eau à l'INDRHI.

Sources : Institut national des ressources hydrauliques (INDRHI), communiqués des 13 avril et 2 septembre 2026. Institut dominicain de météorologie (Indomet), perspectives présentées au COPRE le 2 septembre 2026.
Article rédigé sur la base de données officielles publiées par les institutions de la République Dominicaine. Les analyses et recommandations constituent l'opinion éditoriale de RDLive et ne sauraient être assimilées à un conseil juridique ou financier. Sylvain Maufrais · Conseiller juridique · Agent immobilier agréé RNC 131313728